Premier degré

Premier degré
La phonétique c'est important.

# Posté le mercredi 29 août 2007 10:23

Pierre Desproges, ou le bon usage de la provocation dans un discours soutenu et déjanté.

Pierre Desproges, ou le bon usage de la provocation dans un discours soutenu et déjanté.
N'ayant vraisemblablement pas le courage d'écrire un article de mon propre chef, j'en profite pour mettre en lumière un humoriste méconnu (en comparaison aux dubosc et autres bigards) à la verve farouche et à l'expression terriblement riche.
Monsieur Pierre Desproges, artiste snobpunk de l'humour moderne, sévit dans les années 80, notamment sur les ondes d'Inter, dans ses fameux réquisitoires du tribunal des flagrants délires (bon le jeu de mot n'est heureusement pas révélateur des multiples prestations qu'il y exécuta) et dans , plus rares, des "waine-manne-chot".
Desproges ,contrairement à la veine d'humoristes que je qualifierais de "contemporaine" , n'appuie sa performance que sur une impeccable maîtrise de la langue, mise au service de ses nombreuses divagations, étayant des discours décalés et souvent sans queue ni tête.
Desproges se lit très bien, il est abordable pour le lecteur averti, bien sûr ,du style peu commun du bonhomme, entre provocations jemenfoutistes et discours rocambolesque à n'en plus finir.

Pour vous donner une petite idée de ce qu'a pu écrire cet homme, voici quelques extraits (tirés des réquisitoires cités plus haut) :

"C'est pourquoi, mesdames et messieurs les jurés, (...) quand le soir même, le rideau du théâtre se leva sur cet homme, mon c½ur naïf d'enfant fragile se souleva d'horreur. J'avais été élevé dans l'amour de Dieu et l'application permanente de la charité chrétienne, avec une telle exigence dans le respect des Saints Sacrements que quelques jours plus tôt, maman avait voulu que l'hostie de ma communion solennelle à la Madeleine fut faite à la main chez Fauchon ! Mon c½ur tout neuf, disé-je, se souleva d'horreur quand je compris ce soir-là, que l'homme que nous jugeons ensemble aujourd'hui, mesdames et messieurs les jurés, ne faisait que gagner ignominieusement sa vie en se moquant ouvertement des malheureux infirmes sourds-muets dont j'avais le jour même touché du doigt l'immense détresse."
du Réquisitoire contre Marcel Marceau (un mime)

"Deuxième question : peut-on rire avec tout le monde ?
C'est dur... Personnellement, il m'arrive de renâcler à l'idée d'inciter mes zygomatiques à la tétanisation crispée. C'est quelquefois au-dessus de mes forces, dans certains environnements humains : la compagnie d'un stalinien pratiquant me met rarement en joie. Près d'un terroriste hystérique, je pouffe à peine, et la présence à mes côtés, d'un militant d'extrême droite assombrit couramment la jovialité monacale de cette mine réjouie dont je déplore en passant, mesdames et messieurs les jurés, de vous imposer quotidiennement la présence inopportune au-dessus de la robe austère de la justice sous laquelle je ne vous raconte pas."
du Réquisitoire contre J.M. Le Pen


"Débarassons nous pour un temps de l'étouffante enveloppe charnelle où s'ébroue sans répit la bête ignominieuseaux pulsions innommables, dont l'impérieux désir, jamais assouvi, attise de son souflle obscène la flamme sacrée de l' idylle tendre dont il ne reste rien que ce tison brandi qui s'enfonce en enfer avant que ne se noie son éphémère extase qui nous laisse avachis sur ces lits de misèreù les coeurs ne jouent plus qu'a battre sans vibrer pour pomper mécaniquement l'air vicié des hotels insalubres où la viande a vaincu l'amour."
du Réquisitoire contre Gérard Zwang

# Posté le dimanche 22 juillet 2007 14:59

Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (version intégrale) (3 ème partie)

Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (version intégrale) (3 ème partie)
Le dernier poste avancé offre une scène psychédélique à souhait. On dirait l'enfer tant la confusion, la panique et le décor ravagé sont disproportionnés. Des sons industriels foisonnent , la lumière tantôt aveuglante tantôt sombre entraîne d'étonnants contrastes et la folie dans les yeux des hommes fait peur à voir. "Qui commande ici?" "C'est pas vous ?!?!"
Les soldats du poste se ruent dans le fleuve ,espérant accrocher le bateau et rentrer chez eux. Ils sont définitivement seuls, encerclés par l'ennemi , combattent à l'aveugle, ce qui explique la panique dans leurs yeux. Certains dont les coeurs et les esprits sont trop meurtris s'astreignent à la lutte sans états d'âme, résignés à leur sort, en un sens ceux là souffrent moins dans leur dérive que les autres.
Le conducteur du bateau incite Willard à faire demi-tour, car il n'y a personne pour vérifier la bonne conduite de la mission. Willard refuse, comme si, voulant s'accrocher à la petite part d'humanité qui reste en lui, à savoir la lutte contre l'instinct de survie lui-même, il voulait mener à bien cette mission pour prouver qu'il reste un homme.
En fin de compte, si Willard a su se fermer à tout sentiment, c'est pour ne pas sombrer dans la démence.

L'aventure continue donc, et un nouvel assaut survient, étrange cette fois, car c'est à coup de flèches et de lances que les ennemis attaquent. Nous sommes passés au Cambodge et se sont des indigènes qui luttent. Le conducteur du rafiot pète les plombs et tire à volonté, à découvert. Il meurt, une lance l'ayant transpercée, et tente d'entraîner Willard dans sa mort, sans réussite.

Ils ne sont plus que trois lorsqu'ils atteignent finalement leur but: une sorte de sanctuaire païen au coeur de la jungle, dont les marches sont jonchées de cadavres et de têtes, à tel que ça en devient cynique, cette grandiloquence amène l'humour noir plus que l'horreur.
Un photographe américain les acceuille, complètement hystérique et dévoué à Kurtz qu'il adule. On est dans un climat plus que sectaire.
Tout au long de l'expédition, le voile avait été levé sur Kurtz: un officier brillant, qui multiplie cependant les opérations coup de poing réussies au Vietnam mais que les méthodes utlilisées discréditent auprès de l'Etat Major. Accusé d'assassinat ,un comble dans un tel contexte, il se confine dans cette environnement et créé une sorte de secte, dont les actions paraissent déraisonnées et inhumaines. "Kurtz a atteint son point de rupture."

Willard rencontre finalement l'homme mais devient son captif. Un de ses congénères se fait trancher la tête, tête que Willard aura la surprise de retrouver sous ses yeux, déposée par un indigène. C'est ici que le capitaine montre le plus de sentiments, il hurle ,horrifié, pleure, ...
Kurtz demande à rencontrer Willard. Il lui explique sa vision des choses. Il pense que si les Etats Unis avaient ne serait-ce qu'une poignée d'hommes comme ses primitifs qu'ils contrôlent, ils gagneraient cette bataille car ces soldats là n'éprouvent aucune compassion. Il exprime son dégoût de l'armée, le fait qu'on l'ait accusé d'assassin dans un tel contexte.
L'horreur et la terreur morale ne sont plus rien pour lui, ce qui explique ses agissements sans compromis. Il demande implicitement à Willard de mettre fin à l'enfer qu'il vit.
La dernière scène montre un psychédélisme baignant dans une confusion et une intensité grandissantes. Dehors les indigènes célèbrent un sacrifice tandis qu'à l'intérieur Willard tue à coups de machette le colonel, dans une ambiance de sueur et de mélange sonore éprouvante, les couleurs sont aveuglantes puis sombres, souvent dans des teintes dorées ou marron clair.
The End des Doors résonne une dernière fois, accompagnant la mort de Kurtz, comme un sacrifice sur l'autel de l'inhumanité ou des folies de la guerre, comme un message sur cette guerre, sur les épreuves qu'elle charriait et sur la connaissance et l'organisation minime des dirigeants, qui laissaient leurs hommes sombrer et refusaient d'abdiquer malgré l'intensité et l'enfer du combat.

# Posté le mardi 10 avril 2007 10:03

Modifié le vendredi 24 août 2007 09:09

Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (version intégrale) (2ème partie)

Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (version intégrale) (2ème partie)
Le premier évènement notoire de l'expédition se produit lors d'un contrôle "de routine" qu'effectue l'équipage sur une petite embarcation vietnamienne. Les jeunes américains résistent mal à la tension ambiante et un sursaut de panique générale fait déraper la situation : le calibre 50 tue tout l'équipage , alors qu'il n'y avait rien à signaler. Une femme survie aux rafales, et les soldats alarmés veulent l'amener au poste de secours le plus proche. Willard la descend, avançant le caractère prioritaire de sa mission. Tirer et s'excuser ensuite.

La première escale de la troupe se fait à un poste déja avancé dans la jungle vietnamienne, ici les hommes souffrent déjà de l'isolement, le gouvernement américain leur envoie des Playmates pour se divertir et oublier pour un temps l'âpreté des combats. C'est le début de la descente vers le statut le plus bestial de l'homme, l'oubli ou l'abstraction de ce qui fait l'homme , ici ce sont d'abord les pulsions sexuelles (appelons un chat un chat) que l'homme transigent : il vient une véritable émeute et l'investigation de la scène où les filles se produisent oblige ces dernières à fuir en hélico.

La seconde étape s'effectue dans un camp totalement délaissé, il est impossible d'en connaître le commandant, la confusion règne, les militaires se comportent comme des gamins et la crasse et l'humidité ambiantes n'arrangent rien. Un troc est mis en place : deux bidons de gasoil contre 1h30 pour chacun des hommes de Willard avec les filles de playboy arrivées la veille.

De nouveau sur le fleuve, les soldats lisent leur courrier. Clean, le plus jeune, a reçu une cassette audio qu'il écoute quand survient une attaque depuis la berge. Les assaillants sont dissimulés dans la végétation, les hommes tirent à l'aveugle. C'est la fin des tirs, la cassette tourne toujours :" Mon chéri , ton oncle veut t'offrir une voiture quand tu rentreras mais je ne dois pas te le dire, il faudrait que tu te trouves une gentille petite femme pour que j'ai des petits enfants..." . Clean est gisant, baignant dans son sang. Un certain humour noir est à tirer de cette scène, le reste de l'équipage est anéanti (exepté Willard mais qui laisse percevoir une once de tristesse tout de même).

Nouveau départ puis escale dans une propriété française (coupée dans la version normale). Les américains sont bien acceuillis, Clean est enterré, et la mentalité des colons français du Vietnam montre un grand attachement à leur territoire durement acquis et entretenu. Willard subit les critiques des français au sujet de la manière dont les américains mènent cette guerre. Le capitaine reste silencieux.
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# Posté le mardi 10 avril 2007 09:38

Modifié le mardi 10 avril 2007 10:01

Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (version intégrale) (1 ère partie)

Apocalypse Now de Francis Ford Coppola (version intégrale) (1 ère partie)
Il y a environ un an, j'avais vu le film de Coppola en VO et 3 h 15 en ayant une attention toute distraite par les sous titres sans prendre le soin d'examiner la mise en scène, c'est un peu long(uet?) , c'est pourquoi je décidai de visionner une seconde fois l'oeuvre dans sa totalité en version française , version qui m'a agréablement surpris par la justesse de ton des doublages.

N'ayant tout simplement pas l'énergie (c'est malgré tout ce dont on a besoin pour garder son attention au maximum pour mieux apprécier ces films !) necessaire au visionnage en une traite, j'ai regardé le film en trois parties.

Le scénario se veut simple : un capitaine est dépêché par ses supérieurs pour tuer un soldat américain brillant mais qui aurait pété les plombs et aurait instauré une sorte de secte sanguinaire au confins de la mangrove vietnamienne. Cet homme, un des plus intelligents de sa promotion, dirigerait désormais une importante cohorte d'insurgés indigènes et américains qu'ils vénèrent et servent aveuglément, le groupuscule se permettant des gestes et des actions déraisonnées contre vietnamiens et américains.
Le capitaine Willard est donc envoyé jusqu'au Cambodge voisin pour mettre fin aux activités du colonel. La mission est secrète, l'information stipulant l'ordre d'execution d'un compatriote ne devant en aucun cas servir de plat chaud aux mouvements pacifistes qui fleurissent ( ba oui les hippies quoi ^^) partout aux Etats Unis. Le climat de folie ne ferait que s'accentuer chez les soldats si ils apprenaient la teneur d'une telle mission : aller abattre un soldat américain plutôt que s'occuper des troupes livrées à elles-mêmes.

Le film est construit comme une sorte de témoignage plutôt neutre sur la guerre du Vietnam. Le périple du capitaine fait découvrir au spectateur ce qu'était le Vietnam, l'accent étant particulièrement fait sur la folie contagieuse qui foisonnait dans les coeurs et les esprits des soldats, malades d'un tel délaissement et d'un tel environnement.
L'intensité des épreuves traversées va croissante, et le capitaine semble toujours aussi distant vis à vis de ce qui l'entoure, il semble ne rien éprouver, insensible à la vue des cadavres démembrés qui jonchent le sol, inaltérable malgré la dérive des hommes, et hermétique à tout sentiment humain en général. Willard est plus un soldat qu'un homme.

Le premier personnage rencontré est un colonel qui a pris une sacré coup de chaud. Il est également étranger aux sentiments comme la peur ou la compassion mais dans l'horreur et l'intensité des affrontements, il décide d'aller surfer sur les plages Vietnamiennes, alors sous le feu ennemi. Willard se défait finalement de son commandement pour embarquer sur un petit rafiot, avec d'autres soldats -la plupart sont des bleus, il doit maintenant remonter le fleuve jusque dans la jungle cambodgienne, débusquer Kurtz et mettre fin à ses agissements.
Ce passage offre une vision grandiloquente de la guerre : bombardements de napalm à tout va, cohortes d'hélicoptères tirant sur les tranchées vietnamiennes, étendues sur des kilomètres de plage. Les hauts parleurs embarqués hurlent du Wagner, on arrive presque dans l'absurde.

# Posté le mardi 10 avril 2007 09:34