Le dernier poste avancé offre une scène psychédélique à souhait. On dirait l'enfer tant la confusion, la panique et le décor ravagé sont disproportionnés. Des sons industriels foisonnent , la lumière tantôt aveuglante tantôt sombre entraîne d'étonnants contrastes et la folie dans les yeux des hommes fait peur à voir. "Qui commande ici?" "C'est pas vous ?!?!"
Les soldats du poste se ruent dans le fleuve ,espérant accrocher le bateau et rentrer chez eux. Ils sont définitivement seuls, encerclés par l'ennemi , combattent à l'aveugle, ce qui explique la panique dans leurs yeux. Certains dont les coeurs et les esprits sont trop meurtris s'astreignent à la lutte sans états d'âme, résignés à leur sort, en un sens ceux là souffrent moins dans leur dérive que les autres.
Le conducteur du bateau incite Willard à faire demi-tour, car il n'y a personne pour vérifier la bonne conduite de la mission. Willard refuse, comme si, voulant s'accrocher à la petite part d'humanité qui reste en lui, à savoir la lutte contre l'instinct de survie lui-même, il voulait mener à bien cette mission pour prouver qu'il reste un homme.
En fin de compte, si Willard a su se fermer à tout sentiment, c'est pour ne pas sombrer dans la démence.
L'aventure continue donc, et un nouvel assaut survient, étrange cette fois, car c'est à coup de flèches et de lances que les ennemis attaquent. Nous sommes passés au Cambodge et se sont des indigènes qui luttent. Le conducteur du rafiot pète les plombs et tire à volonté, à découvert. Il meurt, une lance l'ayant transpercée, et tente d'entraîner Willard dans sa mort, sans réussite.
Ils ne sont plus que trois lorsqu'ils atteignent finalement leur but: une sorte de sanctuaire païen au coeur de la jungle, dont les marches sont jonchées de cadavres et de têtes, à tel que ça en devient cynique, cette grandiloquence amène l'humour noir plus que l'horreur.
Un photographe américain les acceuille, complètement hystérique et dévoué à Kurtz qu'il adule. On est dans un climat plus que sectaire.
Tout au long de l'expédition, le voile avait été levé sur Kurtz: un officier brillant, qui multiplie cependant les opérations coup de poing réussies au Vietnam mais que les méthodes utlilisées discréditent auprès de l'Etat Major. Accusé d'assassinat ,un comble dans un tel contexte, il se confine dans cette environnement et créé une sorte de secte, dont les actions paraissent déraisonnées et inhumaines. "Kurtz a atteint son point de rupture."
Willard rencontre finalement l'homme mais devient son captif. Un de ses congénères se fait trancher la tête, tête que Willard aura la surprise de retrouver sous ses yeux, déposée par un indigène. C'est ici que le capitaine montre le plus de sentiments, il hurle ,horrifié, pleure, ...
Kurtz demande à rencontrer Willard. Il lui explique sa vision des choses. Il pense que si les Etats Unis avaient ne serait-ce qu'une poignée d'hommes comme ses primitifs qu'ils contrôlent, ils gagneraient cette bataille car ces soldats là n'éprouvent aucune compassion. Il exprime son dégoût de l'armée, le fait qu'on l'ait accusé d'assassin dans un tel contexte.
L'horreur et la terreur morale ne sont plus rien pour lui, ce qui explique ses agissements sans compromis. Il demande implicitement à Willard de mettre fin à l'enfer qu'il vit.
La dernière scène montre un psychédélisme baignant dans une confusion et une intensité grandissantes. Dehors les indigènes célèbrent un sacrifice tandis qu'à l'intérieur Willard tue à coups de machette le colonel, dans une ambiance de sueur et de mélange sonore éprouvante, les couleurs sont aveuglantes puis sombres, souvent dans des teintes dorées ou marron clair.
The End des Doors résonne une dernière fois, accompagnant la mort de Kurtz, comme un sacrifice sur l'autel de l'inhumanité ou des folies de la guerre, comme un message sur cette guerre, sur les épreuves qu'elle charriait et sur la connaissance et l'organisation minime des dirigeants, qui laissaient leurs hommes sombrer et refusaient d'abdiquer malgré l'intensité et l'enfer du combat.